22 avril 2015

''Je suis restée sur mon scooter...'', Lolalay (1) ͏

''Je suis restée sur mon scooter...''
Fiction de Lolalay
Gagnante du concours de la semaine du 22/04/2015

Je suis restée sur mon scooter. Muette de stupeur. J'étais devant cette immense bâtisse d'une couleur décrépie et sombre. La nuit tombait. La peur m'envahissait peu a peu. Je devais pourtant avancer.
J'étais en retard. 
Je suis descendue de mon véhicule, j'ai posé mon casque et j'ai avancé d'un pas vacillant. La rue était déserte, aucun signe de vie. On apercevait dans l'obscurité, des poubelles remplies de déchets pourris. L'odeur était insupportable. On aurait dit que les éboueurs ne passait pas ici, que cette rue était abandonnée. Les réverbères ne fonctionnaient plus. Un seul clignotait sans arrêt et rendait la scène encore plus terrifiante. J'ai examiné plus précisément le bâtiment. On pouvait voir d'immenses fissures semblables a des rides striller les murs. La plupart des volets étaient fermés. Seules deux fenêtres, l'une a côté de l'autre, étaient éclairées d'une lumière faible. Une silhouette d'homme s'est avancée devant l'une d'elle. Puis l'on entendit des pleurs d'enfant. J'ai frissoné. J'ai pressé le pas. Une fois arrivée devant la porte j'ai actionné la poignée. La porte s'est ouverte dans un grincement strident. L'immeuble m'engloutit. Le hall était sale. On pouvait apercevoir la poussière voler. Des araignées avaient tissé leurs toiles a chaque coin de la pièce. J'ai regardé rapidement le numéro écrit sur ma main puis j'ai commencé a gravir les marche en pierre du vieil escalier délabré. 1 étage, puis deux, puis trois..jusqu’au 6eme et dernier étage. Numéro 342. J'ai sonné. Des pas se sont approchés. Et la porte s'est ouverte. Un homme, âgé de la vingtaine, se tenait dans l'embrasure de la porte. Il me dévisageait. Il était grand et mince, aux cheveux noirs et aux trais fins. Sa musculature était cachée par un t-shirt trop grand pour lui. Il semblait fatigué. On pouvait apercevoir des cernes sous ses yeux verts gonflés par la fatigue. Il m'a serré brièvement la main et m'a fait signe de rentrer.
Les couloirs étaient sombres, bien qu'éclairés par de vielles ampoules. Au fur et a mesure que j'avançais, je voyais de plus en plus de trous dans les murs. Des rats avaient sûrement élu domicile dans ceux-ci depuis de nombreuses années. Enfin arrivée dans la pièce principale de l'appartement qui faisait office de cuisine et de salle a manger et de chambre, je me rendis compte que peu de gens avait la même chance que nous avions eu moi et a famille. J'ai aperçu, dans un coin très sombre de la pièce, un sac de couchage posé par terre, a proximité de celui ci, on pouvait voir une lampe électrique ainsi que quelques piles usagées et un paquet de gâteau a moitié vide entouré d'une centaine de miettes et d'une dizaine de fourmis. A côté, il y avait une bassine et un pommeau de douche puis un évier. J'imaginais déjà des cafards noirs et puants sortir de celui-ci. De temps a autres, on entendait un gargouillement sortir du tuyau suivi d'une odeur nauséabonde de produits chimiques se rapprochant de celle d'un œuf pourri. 
L'homme s'est assis a une vielle table trônant au milieu de la pièce. Il me tira une des deux chaises, je m'assis dessus et ce vieux morceau de bois dévoré par des mites plia sous mon pois. Nous étions donc assis face a face. Il alluma une bougie pour éclairer ne serait-ce qu'un peu la pièce. Je l'ai dévisagé une nouvelle fois. Ses yeux étaient brillants et semblaient appeler a l'aide. Je me demandais bien quelle vie il avait pu avoir et comment avait elle changé lors du tremblement. Il semblait avoir connu une immense solitude. On avait envie de le prendre dans ses bras pour le rassurer. Mais je ne le connaissais pas, enfin, du moins pas encore. Il commença a parler.
- On va..on va commencer par des questions pour tester tes connaissances en littérature.
- Oui monsieur.
Sa voix était en concordance avec son physique : viril mais tremblante et fragile.
- Quels livres a écrit Émile Zola ?
Je réfléchis une ou deux minutes et tous mes cours de l'année dernière durant ma première année de lycée me revinrent en tête. Mais l'identité de mon professeur m'intriguait.
- Les Rougons- Macquart avec l'Assomoir, Thérèse Raquin, Germinal..Comment vous appelez vous ?
Il me regarda droit dans les yeux sans rien dire.
- Et citez moi en certain de Balzac ?
Cet homme était étrange. J'ai décidé d'attendre qu'il me révèle lui même sa vie.

J'étais rentrée chez moi. Mon petit frère était dans le salon et jouait avec son camion bleu. C’était son jouet préféré. Il l'avait ramené de Guadeloupe lors des dernières vacances. Tout allait encore bien a cette époque. Nous avions loué une grande maison en bord de mer. Je me rappelle encore quand nous descendions dans le jardin lorsque la nuit tombait. Le ciel était empli de nuages roses comme de la Barbapapa. Il se reflétait sur l'eau bleue de la piscine. Je jetais le camion dans l'eau. Mon petit frère criait et plonger immédiatement dans l'eau pour le récupérer. Et j’éclatais de rire.

1 commentaire:

Unknown a dit…

Super texte :)
L'intrigue est prenante j'espère qu'il aura une suite !